Entre France et Suède, l'incroyable destinée de Jean-Baptiste Bernadotte

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Un matin de printemps en 1780, un sergent du régiment de Brassac tentant de trouver de nouvelles recrues dans la ville de Pau dans le sud-ouest de la France, voit arriver vers lui un jeune garçon plutôt grand, mais à peine âgé de 17 ans.

L'adolescent paraît décidé. Il vient de perdre son père et sa mère ne peut nourrir tous ses frères et soeurs. Alors, autant s'éloigner et noyer son chagrin en voyant du paysage! Bien-sûr, le sergent recruteur le fait signer tout de suite mais ne se doute pas que ce jeune homme montera un jour sur l'un des trônes d'Europe en devenant roi de Suède et de Norvège.

C'est ainsi que commence la singulière histoire de Jean-Baptiste Bernadotte, qui se distingue rapidement sur les champs de bataille et grimpe tous les échelons de la hiérarchie militaire, devenant en 1793 général de brigade après sa bravoure et sa maîtrise tactique lors de la bataille de Fleurus.

Car le Palois est un modèle de commandement, " Ses troupes, disait le général Desaix, sont les mieux tenues de l'armée ". Bernadotte a ainsi l'habitude de partager la vie de ses soldats en campagne, ne leur demandant rien d'inutile, son talent d'orateur et son courage faisant le reste.

Peu aimé par le général Bonaparte, Son destin bascule, à Paris, où il se lie d'amitié avec Joseph, le frère ainé de Napoléon marié à Julie Clary. Cette riche famille marseillaise compte une autre sœur de 16 ans, Désirée, qui eut une idylle passionnée avec Bonaparte. Séduits à leur première rencontre, le mariage de Bernadotte et Désirée Clary est célébré en 1798.

A partir de 1805, il ne brille plus sur les champs de bataille, semblant protéger ses hommes. Il bouge peu à Austerlitz, reste inactif à Auerstadt, arrive après la bataille à Eylau, se retire à Wagram, d'où la fureur de Napoléon Ier qui le met à l'écart. En 1806 à Lübeck, dans le nord de l'Allemagne, il fait prisonnier des troupes suédoises qu'il combattait. Leur chef, le colonel Mörner est surpris par l'humanité de Bernadotte et par la façon dont il traite ses troupes prisonnières.

De retour dans son pays, Mörner ne manque pas de signaler ce fait et Bernadotte devient populaire parmi les suédois qui vivent une période d'incertitude puisque leur roi, Charles XIII, n'a pas d'enfant. 4 ans plus tard, Bernadotte qui se prépare à prendre son nouveau poste de gouverneur de Rome, reçoit la visite du Baron Mörner, neveu de l'ancien colonel prisonnier. Ce dernier, sur sa seule intuition, offre le trône de Suède à l'enfant de Pau, qui tombe des nues!

Lorsque Napoléon est informé, il crie à l'absurdité de cette proposition mais néanmoins donne son aval, espérant ainsi avoir un allié solide dans le nord de l'Europe. Bernadotte, lui, accepte à condition qu'il soit dûment élu par le gouvernement suédois.

Pour le jeune baron Mörner, le plus dur reste à faire puisqu'il a offert le trône de sa propre initiative. De retour chez lui, après avoir expliqué son idée au gouvernement, il est tout simplement jeté en prison pour abus de pouvoir. Mais rapidement l'idée devient plus que populaire auprès de la population et Bernadotte effectue, le 2 novembre 1810, une entrée solennelle à Stockholm où il est adopté par le vieux roi Charles XIII.

Devenu régent sous le nom de Charles XIV Jean, le Palois va rapidement faire jouer les intérêts de sa nouvelle patrie avant ceux de la France et participe activement aux défaites napoléoniennes contre ses anciens camarades d'armes comme les maréchaux Ney et Oudinot.

Il est à noter que considéré comme un traitre en France, Bernadotte qui avait vu tous ses biens confisqués se vit offrir à titre de compensation l'île de la Guadeloupe par les Anglais, qui la possédaient à l'époque. Après l'exil de Napoléon, la Guadeloupe retourne à la France et les Anglais proposent alors une somme de 24 millions de francs or que Bernadotte utilisera pour divers projets publics.

A la mort de Charles XIII, il monte officiellement sur le trône suédois en 1818 et conduit son pays vers la modernité et une politique pacifiste qui est toujours de mise aujourd'hui, sous le règne de son descendant direct le roi Charles XVI Gustave.

Il décède en 1844 dans son palais royal et lors de sa toilette funéraire, on comprit pourquoi il avait toujours refusé de se montrer torse nu en public. En effet, sans doute dans sa jeunesse pendant la révolution française, il s'était fait tatouer sur la poitrine la phrase: Mort aux rois!