Appartenant à la Caraïbe, la Guadeloupe fait, elle aussi, partie de ce creuset où se développent sans cesse de nouveaux rythmes musicaux. Ici la musique comme la danse occupent une place importante dans la culture et les traditions.
La musique se développe à partir du XVIIème, sur le même principe que la langue créole. Métissage de musiques européennes et africaines, elle a produit, sur fond de percussions, différents styles à différentes époques. Au temps de l'esclavage se créent des danses collectives basées sur une codification d'origine africaine et autour du Gwo-Ka, le tambour créole fabriqué à partir de quart de tonneaux, d'ou son nom.
Après une dure semaine passée dans les champs à couper et ramasser la canne à sucre, les esclaves se regroupaient le samedi soir sur l'habitation pour chanter et danser au rythme des gwokas afin d'oublier, l'espace d'une nuit, leurs difficiles conditions de vie. C'est ainsi que naquirent les soirées léwoz.
Les tambouyés, c'est-a-dire les joueurs de tambours interagissaient et improvisaient avec les danseurs et les chanteurs sur 7 rythmes différents dont le graj, le woulé, le menndé et le tumblak. Longtemps dénigrées, les soirees Lewoz sont redevenues populaires et si vous en avez l'occasion, il faut absolument y assister pour tenter de mieux comprendre la culture créole.
Comme ils l'avaient fait avec les rythmes africains, les esclaves adaptèrent le menuet, danse traditionnelle des colons, auxquel ils ajoutèrent les gwokas pour créer les quadrilles. Laissant moins de place à l'improvisation que le lewoz, les danseurs, vetus de costumes traditionnels, doivent suivre par groupe de huit des figures precises parmi lesquelles on trouve le Pantalon, l'Eté, la Poule, la Pastorelle, et la Finale.
Notons en parallèle à cette évolution, que la Guadeloupe est aussi la terre natale d'un des plus grands compositeurs de musique classique francaise, le chevalier de St Georges. Né en 1745, fils d'une esclave sénégalaise et d'un colon blanc, il deviendra le compositeur classique le plus populaire à la cour de Louis XVI, le roi de France. Il se joindra à la révolution, aidera Toussaint l'Ouverture en Haiti, deviendra le premier franc-macon noir et occupera les plus hautes fonctions musicales à Paris. Il a laissé une oeuvre impressionnante dont pas moins de 25 concertos pour violons et plusieurs opéras.
Le XXe siècle lui, vit de nombreux rythmes se succéder, évolutions logiques de ce creuset musical, comme la biguine, la cadence et finalement le zouk. Pierre-Edouard Décimus, vieux routier de la musique guadeloupéenne decida en 1979, avant de prendre sa retraite musicale, d'enregistrer un dernier album avec quelques amis musiciens des Antilles. Le résultat fut appelé 'Love and Ka danse' et ce groupe d'amis se baptisa Kassav' du nom d'un pain de manioc. Composé de musiciens guadeloupéens et martiniquais, Kassav' rendit populaire internationalement le zouk et a même influencé d'autres styles de musique.